Entretien avec Gas Barthély, théoricien de l'art

Gas Barthèly : Quand je vous ai rencontré, il y a quelques années, votre travail était radicalement différent.

Pourquoi passer de l’écriture, des nouveaux média, du numérique à la ruine, l’argile, le dessin, le matériel ?

 

Cédric Micchi ; J’ai fait une pause dans la création, par choix et imposé. Quand j’ai repris je ne pouvais plus faire ce travail. Peut-être un ras le bol du tout numérique, trop d’Internet, trop ancré dans le présent.

Peut-être avais-je dit tout ce que j’avais à dire sur ce sujet.

Toutefois, je ne renie absolument pas mon travail passé. Les idées, les formes me semblent toujours justes et pertinentes.

 

G. B. :y a-t-il un lien entre ces nouveaux travaux et les précédents ?

 

C. M. : Il y en a un, je ne saurais le verbaliser mais il est là. Peut-être la tension vers la disparition de l’oeuvre matériel qui se retrouve dans certaines productions passées et actuelles, Peut-être aussi que les idées en fond dans les textes étaient, partiellement, les mêmes que les idées émergentes actuellement.

Les prémices de ma pratique étaient autour du temps, de la nature et de l’entropie. Ces thèmes sont manifestement de retour ! Le ras le bol d’Internet vient sûrement de là !

 

Le travail sur l’écriture et les nouveaux média était sur la forme, sur l’évolution, sur le geste. Ces questions de l’évolution et du geste demeurent mais la forme et le fond ont été déplacés.

 

Le temps n’est plus, formellement, vers l’évolution mais vers une forme de régression évolutive. L’évolution est, si j’ose dire, vers un retour à la terre.

 

G. B. :Avec la question de la ruine apparaît aussi la notion de paysage.

 

C. M. :Il me semble difficile de les séparer l’un de l’autre. Cette forme m’intéresse mais, à ce jour, je ne sais pas encore où je vais avec cela.

Toujours la question du temps, de l’effacement, de la disparition, de la ruine, de l’homme, de la société ?

 

G. B. :Vous utiliser le feu, l’argile crue, certains papiers s’effacent avec le temps, des installations fragiles en plein air. Toutes des techniques fragiles voir instables, pourquoi ?

 

C. M. :Peut-être que, foncièrement, ma volonté est d’effacer mon travail. D’effacer l’oeuvre (paradoxalement tout en la produisant). Tout en effaçant l’homme et la société au bénéfice de la nature.

 

G. B. :Une vision pessimiste ?

 

C. M. :Ou réaliste ?

 

G. B. :Apparaît aussi les Kodama, qu’est-ce que c’est ?

 

C. M. :Dans la religion animiste japonaise, ce sont des Yokai. Des esprits vivant dans les arbres. Ils peuvent avoir des formes variées.

 

G. B. :Une place donc pour la religion ?

 

C. M. :Non et oui. Une sorte d’athéisme post-moderne. Mon athéisme demeure mais paradoxalement se teinte d’agnosticisme animiste.

 

G. B. :Dans vos questionnements, y a-t-il des ouvrages qui vous auraient marqué ?

 

C. M. :Je pourrais certainement en citer plusieurs. Mais je resterai sur un auteur, Jean-Yves Jouannais, L’Artiste sans ?uvre et l’usage des ruines sont évidemment deux textes qui m’ont marquées. Même si Jouannais parles de la ruine de guerre, dans la logique de son encyclopédie, il ne pose pas la question de la ruine en parallèle avec la nature et la société ou le temps, comme ont pu le faire les romantiques et les théories du XIXème. Dans les quelles je me retrouverai peut-être plus. Mais peut-être est-ce une forme de guerre ?

 

G. B. :Avant l’entretien, nous avons évoqué Charles Simonds. Comment vous positionnez-vous par rapport à son travail ?

 

C. M. :Effectivement, son oeuvre me parle et mon travail peut y faire écho, voir même y fait écho, au moins à deux points de vues.

 

Ces productions répondaient à une démesure du monde de l’art, tant économique que formelle qui, il me semble, s’est amplifiée et radicalisée ces dernières décennies. Et foncièrement, je ne sais pas si j’ai envie d’y participer.

Aussi, son souhait de remettre le travail dans la rue m’influence, plus que la dimension sociale que cela sous-tend. La société ayant évolué depuis ses créations, il me semble aujourd’hui plus pertinent de mettre l’homme face à la nature que face à la société même si dans les deux cas on remet l’Homme face à lui-même.

 

Entretien de Cédric Micchi avec Gas Barthély en juillet 2015

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